Interviews
Nos champions du monde : Entretien avec Wolfgang Overath
vendredi 12 mai 2006
1954 - 1974 – 1990 : Les chiffres magiques du football allemand. Comment les héros des Coupes du Monde de l’époque voient-ils les chances de leurs jeunes successeurs d’aujourd’hui ? Pour poursuivre notre série d’interviews avec les champions du monde de ces années, le célèbre journaliste sportif Wolfgang Golz s’entretient avec Wolfgang Overath qui est devenu champion du monde à Munich en 1974. Notre série s’achèvera par un entretien avec Rudi Völler.
Wolfgang Overath, 62 ans, champion du monde de football en 1974. Il a toujours encore ce rythme dans ses actions, cette légère course perpétuelle, toujours encore : un joueur. Il est actuellement demandé et sollicité de façon extraordinaire. Overath est Président du 1. FC Cologne, à titre honorifique. “Cela m’amuse vraiment beaucoup”, précise-t-il, comme s’il devait convaincre. “Je ne suis pas payé pour cela. Si je recevais de l’argent, la pression serait de nouveau là”. Ce qui réduirait le plaisir. Depuis son fauteuil de président dans son bureau, il a une vue dégagée sur les terrains d’entraînement. Le vert de la pelouse devrait en fait avoir un effet apaisant. La secrétaire n’est pas disponible, alors il sert lui-même le café. Il n’est pas encore tout à fait assis, qu’il démarre déjà : “Qu’est-ce que tu veux savoir ?”
La première question de cette série d’interviews est toujours la même : Pourquoi l’Allemagne sera-t-elle championne du monde dans quelques semaines ?
Wolfgang Overath : Il est extrêmement difficile de dire qui sera champion du monde.
Mais ce n’est pas non plus la question : Pourquoi l’Allemagne sera-t-elle championne du monde ?
Il serait préférable de poser la question de savoir pourquoi nous avons une chance de devenir champions du monde. Parce que nous jouons à domicile, parce que nous vivrons une Coupe du Monde en Allemagne avec des émotions intenses. J’espère que le public le fera, il doit être le douzième homme afin que l’enthousiasme rejaillisse sur l’équipe. Le Brésil, l’Argentine, la France, l’Italie et l’Angleterre sont les favoris. Mais nous pouvons aussi battre le Brésil un de ces jours. Nous ne pouvons pas le battre trois fois de suite, mais une fois. Et si cela se passait en demi-finale ou en finale ?
Qu’est-ce qui se réveille immédiatement chez quelqu’un lorsqu’il se souvient de la victoire à la Coupe du Monde lors de la finale contre la Hollande avec un score de 2:1 ?
Pourtant, le joueur Overath ne voyait pas tout en rose avant la Coupe du Monde.
J’avais déjà 30 ans et j’avais connu une période difficile pendant la saison. Et, après le sensationnel Championnat d’Europe de 1972, il était en fait clair que Günter Netzer jouerait à mon poste. J’en étais souvent arrivé au point de penser : Wolfgang, arrête. Mais, lors de la préparation à l’école de sport de Malente, les choses ont changé d’un jour à l’autre. Et, avec chaque match, on aspirait de plus en plus au grand objectif : Devenir champions du monde.
Et lorsque c’est arrivé ?
Lorsque l’arbitre – je crois qu’il s’appelait Taylor – a sifflé la fin du match, le sentiment de bonheur infini s’est déployé : j’avais atteint le couronnement suprême. Le fait que les épouses des joueurs n’aient pas eu ensuite le droit de venir au banquet de la Coupe du Monde ne m’intéressait au fond pas du tout. En cet instant de bonheur indescriptible, j’ai pris une décision d’une manière tout à fait rationnelle : Wolfgang, arrivé à cette apogée, tu te retires en tant que joueur national.
Qu’est-ce qui fait la valeur particulière du titre ?
La grande différence est que lorsque tu es deuxième ou troisième, les gens l’oublient très vite. Qui pourrait encore aujourd’hui citer la composition de l’équipe de la Coupe du Monde de 1966 ? Mais, lorsque tu as gagné une finale, tu es immortel. Et, le titre te fait aussi vivre à l’avenir et tu as de nombreux avantages au-delà du football.
Que peut-on conseiller aux joueurs d’aujourd’hui pour la Coupe du Monde ?
Ils doivent essayer de participer au tournoi avec du mordant et de l’enthousiasme afin de mettre les gens de leur côté. Et se battre jusqu’au bout de leur force. Alors, le football en bénéficie et toi-même en tant que joueur tu en tires avantage. Il n’existe pas d’objectif plus grand que la Coupe du Monde.
Après le “miracle de Berne” de 1954, l’Allemagne pourrait-elle maintenant avoir besoin d’un “miracle de Berlin“ ?
Le titre a, à l’époque, énormément apporté à l’Allemagne. Nous n’étions certes pas ce que nous sommes aujourd’hui. Nous étions également sur le plan sportif les outsiders contre la Hongrie très forte – et pourtant nous avons réussi. Ceci a provoqué un extraordinaire sentiment de leur propre valeur aux gens pour la reconstruction d’après-guerre. Le football, par ailleurs une chose accessoire, est devenu une chose principale.
A l’exception de l’argent, le footballeur Overath aurait préféré jouer aujourd’hui plutôt que dans les années 60 et 70 ?
De l’argent – j’en ai gagné beaucoup pour l’époque. Et je ne voudrais être privé d’aucun jour de l’époque. Pourtant j’aurais aimé jouer avant et aujourd’hui, j’aurais aimé rester jeune. Car, le football est parvenu à une telle force, une dimension gigantesque. Lorsqu’on voit seulement les nombreux stades grandioses. Oui, j’aimerais bien avoir à nouveau 20 ans. Mais, je dois remercier Dieu de m’avoir donné ces dons et de m’avoir placé sur le côté ensoleillé du monde : sur le plan privé, sportif et professionnel. J’ai en fait été élevé modestement en tant que le plus jeune de huit enfants. J’ai très tôt considéré le football comme une chance de ne pas devoir me tracasser comme mes parents. J’ai eu tellement de chance, fichtre.
Que pense-t-on en tant qu’ancienne superstar et actuel Président de club lorsqu’un jeune footballeur avec des capacités plutôt restreintes exige un cachet d’un million ?
C’est difficile lorsque l’on vient d’une autre époque avec une autre attitude vis-à-vis de l’argent. Je cite un exemple : Le 1. FC Cologne a une solvabilité remarquable. Nous pourrions à tout moment recevoir 30 millions d’une banque pour investir l’argent dans des joueurs, mais en fin de compte ne pas peut-être avoir le grand succès. Mais, ce n’est pas mon monde, je n’en aurais pas le courage. C’est dur pour celui qui a cette mentalité.
Athlétique et rapide : le football moderne
Lorsque l’on compare l’époque de 1974 à celle d’aujourd’hui : Le football a-t-il beaucoup changé ?
En 1974, nous pensions déjà que les médias rendaient tout le monde fous. Mais par rapport à aujourd’hui, ce n’était rien. Le football occupe une pole position, ici tout tourne autour de la Coupe du Monde depuis deux mois déjà.
Et sur le plan tactique, technique ?
J’ai encore connu l’époque où il y avait un demi-centre, le verrouilleur. Il était l’homme libre de la défense. Le libéro a été détaché de la ligne de défense à quatre. On joue aujourd’hui de manière très variable et moins obstinée qu’auparavant. Le jeu est devenu beaucoup plus rapide et empreint de force. Il ne reste plus de temps pour la technique. Celui qui est un peu plus lent n’a plus aucune chance aujourd’hui.
Et les joueurs comme Netzer ou Beckenbauer ?
Avec le niveau de l’époque, ils ne pourraient pas aujourd’hui jouer ce rôle dominant. Mais, avec l’entraînement d’aujourd’hui, ils seraient, en raison de leur capacité footballistique, aussi éminents. Beaucoup de choses ont certes changé. Il manque aux équipes les grands figures des années 70 : Pele, Riva, Rivera, Bobby Charlton, Franz Beckenbauer - chaque équipe avait des personnalités éminentes. Aujourd’hui, le jeu se présente en fin de compte avec force, athlétisme et tension.
Avec l’entraîneur fédéral Sepp Herberger, les joueurs de l’équipe de 54 étaient des amis. En 1974, Günter Netzer et Wolfgang Overath luttaient pour le poste de régisseur. Plutôt ennemis – n’est-ce pas ?
Non, nous pouvions faire la différence entre la rivalité sur le terrain et dans la vie privée. Nous avons toujours eu de très bons rapports. Cela dure toujours. Mais, la philosophie de 1954 est encore possible aujourd’hui, même si elle a l’air différente. Je suis en mesure de former une véritable équipe si je suis prêt à faire tout pour les autres. Le résultat de ce qui est atteint signifie la même chose qu’en 1954.
