Interviews
Golz questionne ... Birgit Prinz
vendredi 31 mars 2006
Le célèbre journaliste sportif Wolfgang Golz questionne régulièrement dans cette rubrique les éminents footballeurs, entraîneurs, supporters et experts sur leurs espérances à propos de la Coupe du Monde de 2006 en Allemagne. Il s’entretient cette fois avec la joueuse nationale Birgit Prinz à propos des points forts du football féminin et des chances de ses collègues masculins de remporter le titre de vainqueur.
Madame Prinz, je dois également vous poser la première question de toutes les interviews de cette série : Pourquoi l’Allemagne sera-t-elle championne du monde ?
Birgit Prinz : Qui dit qu’elle le sera ?
Pourquoi pas ?
Eh bien, chaque équipe qui y participe a une chance. Y compris l’équipe allemande. Lorsqu’ elle prend un bon départ, avec le public derrière elle, il se développe parfois une force que l’on ne soupçonnerait pas lorsque l’on considère les joueurs individuellement.
Qu’est-ce qui vous a poussée à devenir footballeuse?
J’ai toujours fait relativement beaucoup de sport. Mon père était un bon footballeur et a aussi été temporairement mon entraîneur. Mais j’ai fait également de la natation, du trampoline et aussi de l’athlétisme. A un moment donné, cela a fait trop de choses à mener de front avec des compétitions qui tombaient au même moment, alors j’ai dû faire un choix.
Est-ce qu’il vous est arrivé de regretter cette spécialisation ?
Lorsque je vois les athlètes s’entraîner, je trouve que chez nous, c’est plus varié. Et je suis sûrement plus faite pour les sports d’équipe.
Vous avez déjà été trois fois championne du monde de football féminin. Un homme qui arriverait à cela roulerait sur l’or.
Bon, de la manière dont je vois les choses actuellement, je ne voudrais pas faire l’échange. J’aimerais sûrement avoir quelques millions sur mon compte, mais l’argent n’est pas tout. J’ai ainsi plus de vie privée, ce que j’apprécie beaucoup. Dieu merci, ce n’est pas si terrible d’être célèbre.
Pourtant, au moins depuis l’obtention du titre de champion du monde en 2003, le football féminin jouit dans ce pays d’une grande considération.
Nous l’avons bien mérité. Nous jouons dans la majorité des cas un beau football couronné de réussite. Beaucoup de personnes nous ont vues jouer et ont dû réviser leur jugement. Ce n’est que justice si nous sommes appréciées et reconnues.
Michael Ballack, votre collègue capitaine de l’équipe masculine apprécie le football féminin et regrette que vous ayez toujours plus de difficultés dans la recherche de sponsors.
Si nous nous comparons aux hommes, ce que nous ne voulons pas, il est certain que du point de vue financier, ce n’est pas très juste. Cependant si je regarde les autres sports et les performances qu’ils réalisent nous nous en sortons quand même bien.
Est-ce que vos collègues de l’équipe nationale masculine ne sont pas en ce moment dans une situation encore plus difficile ?
Bien que ceci ne soit pas nouveau, mais lorsqu’une coupe du monde a lieu dans son propre pays, beaucoup de choses sont amplifiées. Mais les joueurs et les entraîneurs savent cela en principe. Quand on est célèbre et qu’on gagne autant d’argent, il n’y a pas que des bons côtés. Il faut aussi supporter les mauvaises facettes. Mais ils vont déjà travailler dur pour réussir.
Pourriez-vous imaginer faire le job de Jürgen Klinsmann comme entraîneur national?
Je ne me mettrai pas dans cet embarras. Aussi longtemps que je jouerai au football, aucune femme ne le fera. Ce n’est pas non plus très attrayant. On ne me regarderait que parce que je suis une femme. On ne regarderait pas l’entraînement, mais seulement mon sexe. Je ne voudrais pas me faire çà.
Vous soulignez toujours, que l’équipe est tout. Pourquoi vous défendez-vous avec autant de véhémence contre le rôle de top star, que vous êtes ?
C’est pourtant un fait qu’il y a onze personnes sur le terrain. Cela peut aussi marcher même s’il arrive que la superstar ne fonctionne pas bien. Mais la superstar n’est absolument rien sans le collectif. Et je trouve déplacé aussi le culte de star qui entoure certains.
Autant d’argent impliqué dans le football professionnel gâche-t-il le plaisir de jouer ?
Non, je ne crois pas. En principe cela ferait du bien, si davantage d’argent était mieux réparti dans notre ligue, elle serait alors plus équilibrée. Naturellement cela ne serait pas mal pour moi personnellement. Mais il ne m’arrivera sûrement jamais d’avoir mauvaise conscience à cause de l’argent.
Avez-vous déjà des billets pour la Coupe du Monde ?
Oui, j’en ai reçu deux de la DFB (Fédération allemande de football). En tant que joueuses de la Coupe du Monde, nous avons le droit de choisir des billets pour deux matches. Ce n’est que justice, non ?
Et qu’est-ce que vous irez voir?
Par exemple ici à Francfort, le match suprême de la Hollande contre l’Argentine.
Et indépendamment du plan sportif, qu’attendez-vous de la Coupe du Monde?
J’espère et je souhaite une belle Coupe du Monde, haute en couleur, des beaux matches et une belle ambiance. Qu’elle soit paisible et tout simplement belle. Ce serait très important pour l’Allemagne.
Birgit Prinz est née le 25 octobre 1977. C’est la footballeuse qui a eu le plus de succès du monde entier. Elle a déjà été élue 3 fois meilleure footballeuse mondiale de l’année (de 2003 à 2005). L’attaquante de haut niveau est championne du monde et la reine de tir au but du tournoi de la Coupe du Monde de 2003. Elle a commencé dans l’équipe nationale dès l’âge de 16 ans et, à 17 ans, elle était déjà vice-championne du monde. Elle a gagné quatre fois le Championnat d’Europe et a décroché deux fois le bronze olympique. Avec son club, le 1. FFC Frankfurt, elle gagna en 2002 la Coupe de l’UEFA, décrocha sept fois la Coupe allemande (1995, 1996 avec le FSV Frankfurt, 1999-2003 avec le 1. FFC Frankfurt) et fut sept fois championne d’Allemagne (1995, 1998 avec le FSV Frankfurt, 1999, 2001, 2002, 2003, 2005 avec le 1. FFC Frankfurt). Elle a disputé 148 matches internationaux au cours desquels elle a marqué 92 buts.
