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Interviews
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Angela Merkel dans une interview sur le football : "Etre en pleine forme au moment crucial – alors tout sera possible"

lundi 9 janvier 2006

Lors d’une interview pour le "Bild am Sonntag", la Chancelière fédérale explique les règles du hors-jeu, parle des chances du onze allemand pour l’imminente Coupe du Monde de Football et des parallèles entre la politique et le sport.

BILD am SONNTAG : Madame Merkel, savez-vous en fait qui est Carmen Thomas ?

ANGELA MERKEL : Oui, oui, je le sais : Schalke 05...

0h...

Pourquoi êtes-vous étonné ?

Parce que sincèrement je n’aurais pas cru que vous connaissiez le légendaire lapsus de notre collègue du “Aktuelles Sportstudio” de 1973.

C’est encore vraiment typique !

Que voulez-vous dire ?

Le fait que vous commenciez avec Carmen Thomas. Selon la devise : C’est ce qui arrive lorsque les femmes s’immiscent dans le football.

Après qu’une femme ait évincé un homme à la fonction de Chancelier fédéral, les hommes peuvent aussi craindre que les femmes deviennent de meilleurs experts dans le domaine du football...

Nos femmes sont absolument au top en football. Lorsque j’ai récemment appris que la prochaine finale de la Coupe féminine de l’UEFA aurait lieu entre deux équipes allemandes, j’ai pensé : ce n’est qu’un rêve pour les hommes.

Le Pape Benoît XVI n’a récemment pas reconnu Pelé lors d’une audience...

Ce n’est pas vraiment grave. Je ne suis pas certaine que je reconnaîtrais, par exemple, Johan Cruyff si je le rencontrais dans la rue. Je l’ai rencontré lors du tirage au sort de la Coupe du Monde à Leipzig. Il a vraiment changé par rapport à l'époque où il était l'idole de ma jeunesse.   

Qui est actuellement en tête de la Bundesliga ?

Arrêtez maintenant ! Bien sûr que je le sais. Le Bayern, avec une avance appréciable.

Et maintenant, il ne manque plus qu’une chose : que vous nous expliquiez les règles du hors-jeu...

Le dois-je vraiment ? Ce matin, je me suis demandée, en me brossant les dents, si vous me poseriez une telle question.

Et ?

Alors il m’est venu à l’esprit que vous ne poseriez sans doute pas cette question à un Chancelier masculin. A cet effet, je suis certaine qu'ils sont nombreux à ne pas précisément connaître la réponse.

Vous nous avez maintenant convaincu avec ce cliché, mais vous n’avez toujours pas expliqué le hors-jeu...

Bon, je vais vous le dessiner sur un bout de papier – avec mes cordiales salutations aux lecteurs du BamS.
(Merkel sort d’un dossier un morceau de papier blanc et commence à dessiner avec un feutre noir et vert)

Pas mal. Nous soupçonnions en fait quelque peu que votre intérêt pour le football soit cependant un peu feint. Avoir des connaissances en football est excellent pour une Chancelière, surtout l’année d’une Coupe du Monde...

Je ne veux pas non plus exagérer mes connaissances, je ne suis pas une experte. J’essaie de garder une vue d'ensemble au niveau de la Bundesliga. Mais je suis de manière plus intensive les Championnats du Monde et d'Europe.

Etes-vous alors assise sur le canapé avec un paquet de chips devant la télé ?

J’aime bien regarder le football en compagnie d’autres personnes. Lors du Championnat d’Europe en 1996, lorsque j’étais Ministre de l’Environnement, je suis allée dans un bistrot de Bonn dans lequel nous étions assis ensemble devant un téléviseur.

Votre époux s’intéresse-t-il au football ?

Il est moins enthousiaste que moi. Nous n’avons pas la télé dans notre maison de campagne. Lors de la finale de la Coupe du Monde de 2002, j’ai demandé dans notre village à qui je pouvais me joindre pour la regarder.  

Votre époux sera-t-il, cette fois-ci, assis à côté de vous dans le stade pour la finale de la Coupe du Monde ?

Il regardera sans doute le match, au stade ou à la maison.

Qu’est-ce qui vous fascine dans le football ?

Ce qui me fascine c’est que c’est captivant jusqu’à la dernière minute. C’est aussi ce qui me fascine dans la politique. Les footballeurs tout comme les politiciens doivent faire preuve de condition et de persévérance. Il y a toujours de nouvelles possibilités dont on doit profiter. Par ailleurs, les différents caractères sont facilement reconnaissables au football. On peut gagner avec des équipes totalement différentes : Certaines jouent parfaitement sur le plan technique et échouent en matière de passion du ballon, d’autres jouent de manière efficace.

Y a-t-il un match de football que vous n’oublierez jamais ?

Je pense surtout à la finale de la Coupe du Monde de 2002. Personne ne pensait à l'époque que notre équipe ne réussirait jusqu'à ce qu'elle se retrouve en finale contre le Brésil. Nous devrions nous nous engager à y parvenir à nouveau cet été.

Qu’avez-vous pensé lorsque Oliver Kahn avait alors fait rebondir le ballon devant les pieds de Ronaldo ?

J’ai vraiment été désolée pour Oliver Kahn. Il avait jusqu’à lors sauvé d’innombrables balles pour l’équipe allemande. Il aurait bien sûr pu retenir le ballon, mais la malchance était arrivée. Dans ces moments-là, on doit être psychiquement très fort pour continuer.

Vous venez de faire une comparaison entre le football et la politique. Qu’ont en commun votre grande coalition et l’équipe nationale de football ?

Dans l’équipe nationale de football, des joueurs de clubs concurrents doivent s’entendre sur le plan humain et sur le terrain. Dans la grande coalition, les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates doivent se retrouver et suivre le même objectif.

Si votre cabinet était une équipe – qui serait alors l’ailier gauche ?

Cette comparaison ne réussira pas.

Nous aurions d’autres postes à pourvoir : Le libéro, le joueur rude, le technicien filigrane, le remplaçant, l'aveugle...

Jusqu’à présent, tous font preuve de talents multiples au sein du cabinet...

... mais gagnent beaucoup moins que les footballeurs professionnels. Michael Ballack touche environ 20 fois plus que vous. Trouvez-vous cela juste ?

On peut faire de la politique jusqu’à un âge avancé, mais pas jouer au football. Sérieusement : S’il ne travaillait que pour l’argent, un politicien devrait se recycler dans l’économie. Celui qui décide de faire de la politique sait qu’il ne s’agit pas en premier lieu de gagner de l’argent. Mais ce qui me touche, c’est la comparaison avec de nombreux autres types de sport. Ces sportifs qui se donnent autant de mal que les footballeurs me font parfois de la peine : Les athlètes, par exemple, s’entraînent au moins aussi durement et doivent être contents lorsqu’ils peuvent encore financer une formation convenable avec leurs revenus.

Les salaires de plusieurs millions représentent-ils, à long terme, un danger pour le football ?

Le fait que seuls encore quelques clubs d'Europe puissent payer des millions est certainement un danger. Mais, au bout du compte, c’est le spectateur qui décide des salaires des stars – dans la mesure où il regarde et où il consomme les spots publicitaires pendant les émissions sportives à la télévision.

Pensez-vous que la manière de répartir les billets de la Coupe du Monde soit juste ?

Je comprends la déception des fans que tant d’eux doivent repartir les mains vides. Et j’aurais également souhaité que davantage d’entreprises allemandes aient pu se présenter dans le programme cadre – mais les règles de la FIFA ne le permettent pas.

Jürgen Klinsmann était fréquemment chez votre prédécesseur pour s’entretenir de football avec lui. Pouvez-vous imaginer qu’il vous demande aussi conseil ?

J’aimerais bien sûr bientôt rencontrer personnellement Jürgen Klinsmann. Le fait qu’il se soit prononcé en faveur de Gerhard Schröder comme Chancelier lors de la campagne électorale ne me pose aucun problème. Je pense qu’il est bien qu’il lui soit encore fidèle après les élections, lorsque les temps ne sont pas aussi bons.

Quel résultat Klinsmann obtiendra-t-il avec l’équipe allemande lors de la Coupe du Monde ? Nous serons champions du monde, n’est-ce-pas ?

La seule chose que je sache est que nous devons être au plus haut de notre forme au moment crucial. Alors tout sera possible. Ceci s’applique aussi bien au football qu'à la politique.

Parieriez-vous sur une victoire à la Coupe du Monde ?

Non. Je ne parie que sur des choses que je peux influencer.

Pour finir, quelque chose de totalement différent m’intéresse encore : Après une victoire de l’équipe allemande à la Coupe du Monde, irez-vous – comme votre prédécesseur – féliciter nos joueurs dans les vestiaires ?

Bien sûr que j’irai, au moment approprié ...  (Merkel rit) – et même si nous terminons seconds !

Interview : ULRICH DEUPMANN, CLAUS STRUNZ et PETER WENIG.

(Initialement parue dans le "Bild am Sonntag" du 1.1. 2006)

Supportrice de l'équipe du Cameroun, en dessous de nombreux drapeaux et fans de l'Allemagne